L’origine de l’aventure


Tout d’abord, il est clair que sans une passion pour le cheval et des notions d’équitation, jamais je n’aurais caressé ce rêve américain, qui s’est planté dans mon cerveau un jour où je regardais le film « Sea Biscuit » avec mes enfants.

Pour ceux qui ne connaissent pas le film, c’est l’histoire de l’Amérique des années 30, de la grande dépression économique à la suite du krach boursier de 1929, au travers du récit de la vie d’un cheval de course, de son jockey, de son propriétaire et de son entraîneur. Ils ont tous un point commun : ils sont bosselés, critiqués, mal compris des autres, isolés. Ils sont considérés comme des loosers. Le film, basé sur une histoire vraie, parle de la philosophie de la deuxième chance. De ces rencontres très particulières va naître un succès phénoménal. Je m’arrête là. Car, si vous n’avez pas vu ce film, achetez le DVD. Il est magnifique.

Capture d’écran – film sea biscuit

Donc, je regardais ce film et une scène m’a totalement encensée. Elle représente la fin de l’ère des pionniers du Far Ouest, avec ses territoires à l’horizon sans fin et son esprit de liberté totale, en communion avec la nature. On y voit l’un des protagonistes découvrir les premiers barbelés plantés sur des kilomètres, à perte de vue. Le symbole de la fin d’un monde, celui des cowboys d’antan, libres, et du début d’un autre, l’industrialisation. Il décide d’une dernière chevauchée fantastique, avant d’être happé, et peut-être broyé, par l’évolution de la société. Il s’élance au triple galop dans une plaine immense, dont on ne peut voir la fin et où paissent des hordes de mustangs sauvages. On le voit dans une course folle au milieu d’un troupeau de chevaux. Il ne fait qu’un avec sa monture, la nature et les animaux qui l’entourent. Ils galopent ensemble vers un avenir incertain. Les images sont sublimes et la scène grandiose, avec le bruit des sabots qui martèlent le sol et les hennissements des chevaux sauvages. Sentiment de farouche liberté. Taux d’adrénaline à fond. Et c’est là que j’ai décidé que j’allais vivre cette même expérience.

 

La préparation

Dans les semaines qui ont suivi, j’ai fait des recherches sur internet pour trouver THE ranch. J’ai visité une bonne vingtaine de sites de Dude Ranches, dans le Montana, le Wyoming, le Nouveau Mexique, la Californie ou l’Arizona. Les Dude Ranches accueillent des touristes, comme vous et moi, qui ont envie de se (re)plonger aux sources des pionniers du Far West ou simplement recharger les batteries, au calme de la nature et loin de l’agitation citadine. Leur taille et leur programme d’activité varient de l’un à l’autre. Certains sont très touristiques. Moi, je voulais l’authenticité d’un ranch traditionnel, sans grosse infrastructure, capable d’accueillir max 10 à 15 personnes. Un endroit cosy où je pourrais faire des vraies rencontres et me frotter à la réalité du métier de cowboy.

Photos reprises du site: http://www.headquarterswest.com/listings/pricecanyon/

Mes longues heures derrière mon ordinateur ont porté leurs fruits. Un mois plus tard, je trouvais ma perle : le Price Canyon Ranch, dans le sud-est de l’Arizona. Perdu au milieu de nulle part, entre Tucson (SVP prononcez Tousson et non Teuxon), l’état voisin du Nouveau Mexique et la frontière toute proche avec le Mexique, il promettait mon rêve. Planté au milieu des montagnes de Chiricahua dans le pays de Cochise et de Geronimo, il respirait les légendes indiennes.

Sa capacité d’accueil : une petite vingtaine de personnes. Le prix d’une suite à la semaine était d’environ 800$, de mémoire, repas compris. Donc, accessible à ma bourse. Les photos me renvoyaient aux images de Western : le grand salon avec ses peaux de vaches tachetées et son billard, la vaste salle à manger abritant deux belles tables rondes pour 8 à 10 personnes, la terrasse avec ses rocking-chairs et son brasero, le bétail et les chevaux dans le corral, etc. J’y étais déjà.

Photos reprises du site: http://www.headquarterswest.com/listings/pricecanyon/

J’ai très vite pris contact avec la propriétaire du ranch. Elle m’a confirmé que je pouvais, si je le désirais, participer bien sûr aux activités de la ferme : rassembler et ramener les troupeaux aux points d’eau, regrouper les mères et leurs petits pour le comptage des têtes, marquer les bêtes, etc. Les tâches dépendaient de la période à laquelle j’allais venir.

Elle m’a informé que le ranch pouvait fournir l’équipement. Jeans, Stetsons, bottes, chemises, vestes, gilets, chaps, etc…. il y avait un petit magasin sur place. Super, sauf qu’en voyant les prix, j’ai compris que j’avais intérêt à acheter mes affaires à Phoenix, la capitale de l’Arizona.

Elle m’a aussi expliqué qu’il valait mieux savoir déjà monter à cheval, pour bien profiter de son séjour. Après l’avoir rassurée que je me débrouillais assez bien à cheval, elle m’a envoyé un formulaire d’inscription. Plutôt complet, le document. Car, non seulement, on y indique son nom, ses coordonnées, les dates, le genre de suite désiré, son niveau d’équitation, … Mais il fallait aussi donner sa taille et son poids, pour que les cowboys puissent attribuer le cheval qui convient. Enfin, je devrais dire les chevaux, car j’ai découvert par la suite que nous n’avions pas forcément UN cheval dédié, mais plusieurs selon les travaux à faire.

Il ne restait plus qu’à définir quand j’allais y aller. La chance me sourit. Travaillant pour une société américaine, j’ai reçu un mois plus tard une invitation à me rendre à Phoenix, pour un congrès. L’occasion était trop belle pour la manquer. L’événement se déroulerait dans le plus beau palace de la capitale, pendant trois jours sur octobre. Il me suffisait de prolonger mon séjour aux USA avec des jours de congés. Yavaipluka.

Premier épisode de l’aventure dès le 11 mars 2018.